Transmission

Droits de succession : calcul selon le nombre d’héritiers

Calcul des droits de succession pas à pas : abattements, barème 2026 et exemples chiffrés avec deux enfants, trois enfants, un frère ou un neveu.

Par Noé · 30 septembre 2026 · 10 min de lecture

Droits de succession : calcul selon le nombre d’héritiers

En bref. Le calcul des droits de succession se fait héritier par héritier : on prend la part reçue, on retire un abattement qui dépend du lien de parenté (100 000 € pour un enfant), puis on applique un barème. Résultat : à patrimoine égal, les droits varient fortement selon le nombre d'héritiers et leur lien avec le défunt.

Mis à jour le 21 octobre 2026.

« Avec 100 000 € d'abattement, mes enfants ne paieront rien » : vraiment ?

C'est une phrase que nous entendons souvent en rendez-vous. Prenons l'exemple de Monique (cas illustratif). La soixantaine, veuve, deux enfants majeurs. Son patrimoine net est d'environ 400 000 € : sa maison, estimée à 250 000 €, et 150 000 € d'épargne sur des livrets et un compte titres.

Monique pense que l'abattement de 100 000 € par enfant suffira à éviter les droits. En réalité, chaque enfant recevrait 200 000 €, dont 100 000 € taxables.

Sans rien prévoir, ses deux enfants paieraient ensemble environ 36 400 € de droits de succession. Comment ce montant se calcule-t-il, et qu'est-ce qui le fait varier ?

Comment se calculent les droits de succession ?

Le calcul en trois étapes

  1. On détermine la part de chaque héritier dans le patrimoine net transmis, c'est-à-dire après déduction des dettes.
  2. On retire un abattement, un montant exonéré qui dépend du lien de parenté (article 779 du Code général des impôts).
  3. On applique le barème correspondant au lien de parenté sur ce qui reste (article 777 du CGI).

Chaque héritier paie ses propres droits, sur sa propre part. C'est pour cela que le nombre d'héritiers change autant le résultat.

Les abattements selon le lien de parenté

  • enfant (ou père, mère) : 100 000 €
  • frère ou sœur : 15 932 €
  • neveu ou nièce : 7 967 €
  • autre héritier, à défaut d'un autre abattement : 1 594 €
  • héritier en situation de handicap : 159 325 € supplémentaires, cumulables avec l'abattement de parenté

Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont, eux, totalement exonérés de droits de succession (article 796-0 bis du CGI). Attention : sans testament, le partenaire de PACS n'hérite de rien.

Le barème en ligne directe (enfants, parents)

Part taxable après abattement :

  • jusqu'à 8 072 € : 5 %
  • de 8 072 € à 12 109 € : 10 %
  • de 12 109 € à 15 932 € : 15 %
  • de 15 932 € à 552 324 € : 20 %
  • de 552 324 € à 902 838 € : 30 %
  • de 902 838 € à 1 805 677 € : 40 %
  • au-delà de 1 805 677 € : 45 %

Pour les autres héritiers, les taux sont beaucoup plus élevés :

  • frère ou sœur : 35 % jusqu'à 24 430 €, puis 45 % au-delà ;
  • neveu ou nièce (et autres parents jusqu'au 4e degré) : 55 % ;
  • au-delà, ou personne sans lien de parenté : 60 %.

Abattements et barèmes en vigueur en 2026 — source : economie.gouv.fr, consulté le 21/10/2026.

L'effet du nombre d'héritiers et du lien de parenté

Pour un même patrimoine net de 400 000 € :

  • 2 enfants : 200 000 € chacun, 100 000 € taxables chacun, soit environ 18 194 € par enfant et 36 389 € au total ;
  • 3 enfants : environ 133 333 € chacun, 33 333 € taxables chacun, soit environ 4 861 € par enfant et 14 583 € au total ;
  • 1 frère : 384 068 € taxables, soit environ 170 388 € de droits ;
  • 1 neveu : 392 033 € taxables à 55 %, soit environ 215 618 € de droits, plus de la moitié de ce qu'il reçoit.

Avec un enfant de plus, le total des droits est divisé par plus de deux : chaque enfant a son propre abattement, et chaque part reste dans les tranches basses du barème. Entre trois enfants et un neveu, les droits sont multipliés par près de quinze.

Et pour vous ? Notre simulateur de droits de succession estime, héritier par héritier, l'abattement, la part taxable et les droits, en tenant compte des donations passées et de l'assurance-vie. Il s'agit d'une estimation pédagogique, à affiner en rendez-vous.

Les pistes que la loi permet

  • Donner de son vivant : les abattements de 100 000 € par parent et par enfant se reconstituent tous les 15 ans (article 784 du CGI). Une donation faite plus de 15 ans avant le décès n'est pas prise en compte dans la succession. S'y ajoute, sous conditions, le don familial de somme d'argent de 31 865 € (donateur de moins de 80 ans, bénéficiaire majeur, article 790 G du CGI).
  • L'assurance-vie : les capitaux transmis au décès suivent des règles propres. Pour les versements faits avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d'un abattement de 152 500 € (article 990 I du CGI). Pour les versements après 70 ans, un abattement global de 30 500 € s'applique (article 757 B du CGI).
  • La donation de la nue-propriété : donner un bien en gardant son usage (l'usufruit). Les droits sont calculés sur une partie seulement de la valeur du bien, selon l'âge du donateur (article 669 du CGI).

Ces mécanismes ont des contreparties : une donation est irrévocable, et une assurance-vie investie en unités de compte présente un risque de perte en capital et supporte des frais.

Exemple chiffré : ce que Monique pourrait changer

Reprenons Monique : 400 000 € de patrimoine net, deux enfants. Voici trois situations, calculées sur le barème en vigueur en 2026.

Situation 1 : rien n'est prévu

  • Part de chaque enfant : 200 000 €, moins 100 000 € d'abattement, soit 100 000 € taxables
  • Droits par enfant : 403,60 € (5 %) + 403,70 € (10 %) + 573,45 € (15 %) + 16 813,60 € (20 %) = 18 194 €
  • Total pour les deux enfants : 36 389 €

Situation 2 : une donation de 50 000 € à chaque enfant, plus de 15 ans avant le décès

  • Les donations restent sous l'abattement de 100 000 € : aucun droit au moment de la donation.
  • Au décès, plus de 15 ans plus tard et à patrimoine inchangé, les abattements sont reconstitués. Il reste 300 000 €, soit 150 000 € par enfant, dont 50 000 € taxables.
  • Droits par enfant : 8 194 €
  • Total : 16 389 €, soit environ 20 000 € de moins

Situation 3 : son épargne de 150 000 € placée sur une assurance-vie, versements faits avant 70 ans, ses deux enfants bénéficiaires

  • Chaque enfant reçoit 75 000 € au titre de l'assurance-vie, sous l'abattement de 152 500 € : pas de prélèvement.
  • La succession ne comprend plus que la maison : 125 000 € par enfant, dont 25 000 € taxables.
  • Droits par enfant : 3 194 €
  • Total : 6 389 €, soit environ 30 000 € de moins

Dans les deux cas, l'économie vient du même mécanisme : chaque euro qui sort de la part taxable d'un enfant aurait été taxé à 20 %, la tranche dans laquelle tombait sa part.

Ces pistes ont leurs conditions et leurs limites :

  • Le délai de 15 ans est décisif. Si Monique décède moins de 15 ans après la donation, celle-ci est rappelée : l'abattement déjà utilisé n'est plus disponible, et le total des droits redevient proche de la situation 1.
  • Donner, c'est se dessaisir. Une donation est irrévocable : Monique ne pourrait plus disposer de ces 100 000 €, ce qui suppose de garder assez d'épargne pour ses propres besoins.
  • L'assurance-vie reste un placement. Les supports en unités de compte présentent un risque de perte en capital, le contrat supporte des frais, et la fiscalité de l'assurance-vie peut évoluer. Des prélèvements sociaux peuvent aussi s'appliquer sur les gains.
  • Une situation familiale différente change tout : remariage, enfant d'une première union, héritier vulnérable ou testament modifient le calcul.

Chaque situation est différente : ces chiffres illustrent des mécanismes, ils ne garantissent aucun résultat.

Ce qu'il faut retenir sur le calcul des droits de succession

  • Les droits se calculent héritier par héritier : part reçue, moins l'abattement, puis le barème.
  • Un enfant bénéficie de 100 000 € d'abattement, un frère ou une sœur de 15 932 €, un neveu de 7 967 €.
  • Plus les héritiers sont nombreux et proches, plus le total des droits baisse ; un neveu peut payer plus de la moitié de ce qu'il reçoit.
  • Les donations de plus de 15 ans et l'assurance-vie suivent des règles qui peuvent réduire fortement les droits, avec des contreparties.
  • Le conjoint marié et le partenaire de PACS sont exonérés.

Combien vos héritiers paieraient-ils ? Le simulateur de droits de succession estime les droits de chaque héritier, la part du conjoint et les droits sur l'assurance-vie. Pour mesurer ce qu'une donation permettrait de transmettre sans droits, le simulateur de donation compare aussi la donation en pleine propriété et en nue-propriété. Ces résultats sont des estimations pédagogiques.

Pour savoir quelles pistes s'appliquent à votre situation, échangez 20 minutes avec un conseiller.

Questions fréquentes sur les droits de succession

Comment calculer les droits de succession ?

Les droits se calculent pour chaque héritier. On part de sa part dans le patrimoine net, dettes déduites. On retire l'abattement lié au lien de parenté, par exemple 100 000 € pour un enfant. On applique ensuite le barème correspondant : de 5 % à 45 % pour un enfant, 55 % pour un neveu.

Combien un enfant peut-il hériter sans payer de droits ?

Chaque enfant bénéficie d'un abattement de 100 000 € par parent, à condition qu'il n'ait pas été utilisé par une donation dans les 15 ans précédant le décès. Les capitaux d'assurance-vie issus de versements faits avant 70 ans bénéficient en plus d'un abattement de 152 500 € par bénéficiaire.

Les droits sont-ils calculés sur toute la succession ou par héritier ?

Par héritier. Chaque héritier paie des droits sur sa propre part, avec son propre abattement et le barème lié à son lien de parenté. C'est pourquoi, pour un même patrimoine de 400 000 €, deux enfants paient environ 36 400 € au total, contre 14 600 € pour trois enfants.

Combien paie un neveu ou une nièce ?

Un neveu ou une nièce bénéficie d'un abattement de 7 967 €. Le reste de sa part est taxé à 55 %. Pour 400 000 € reçus, les droits atteignent environ 215 600 €, soit plus de la moitié de l'héritage. Des règles particulières peuvent s'appliquer lorsqu'il hérite à la place d'un parent décédé.

Les donations passées sont-elles prises en compte ?

Oui, si elles ont été faites moins de 15 ans avant le décès. Elles sont alors « rappelées » : l'abattement qu'elles ont utilisé n'est plus disponible pour la succession. Une donation faite plus de 15 ans avant le décès n'est pas prise en compte, et l'abattement de 100 000 € est à nouveau entier.

Sources

  • Code général des impôts, articles 669, 777, 779, 784, 790 G, 796-0 bis, 757 B et 990 I — Légifrance.
  • « Droits de succession : que devez-vous payer sur votre part ? » — economie.gouv.fr, page du 24/02/2025, consultée le 21/10/2026.
  • « Comment faire une donation ? » — economie.gouv.fr, page du 01/04/2026, consultée le 21/10/2026.
  • « Quelle est la fiscalité de l'assurance-vie ? » — economie.gouv.fr, page du 17/09/2026, consultée le 21/10/2026.

Article rédigé par Noé, conseiller en gestion de patrimoine, mandataire d'intermédiaire en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 24007862. Mis à jour le 21 octobre 2026.

Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les situations présentées sont illustratives et anonymisées. Les montants sont calculés sur les barèmes en vigueur en 2026, hors régime matrimonial, testament et frais de notaire.

À lire aussi