En bref. Vous êtes indépendant et vous cherchez à réduire vos impôts, qui pèsent chaque année ? La loi vous ouvre des déductions que les salariés n'ont pas : épargne retraite, prévoyance, choix de votre rémunération. Elles ont des plafonds et des contreparties, car l'impôt est décalé, pas effacé. Voici comment cela fonctionne, avec un exemple chiffré.
Mis à jour le 21 octobre 2026.
Il est 22 heures, un mardi de novembre. Vous venez de finir la dernière d'une longue série de journées, et vous ouvrez enfin votre comptabilité. Le bénéfice de l'année est bon. Pourtant, une pensée vous serre le ventre : combien allez-vous en laisser à l'État dans quelques mois ?
Cette scène, nous l'entendons presque mot pour mot en rendez-vous : des kinés, des architectes, des gérants de SARL, des artisans. Des gens qui ne comptent pas leurs heures, et qui ont le sentiment que personne ne compte pour eux. Voici ce que nous leur expliquons.
Pourquoi l'indépendant a-t-il le sentiment de tout payer seul ?
Nathalie (cas illustratif) a la quarantaine et exerce comme kinésithérapeute libérale. Son cabinet fonctionne bien : son bénéfice annuel tourne autour de 70 000 €. Chaque année à la même période, la même pensée revient : combien va-t-elle laisser à l'État dans quelques mois ?
Un salarié a un employeur, une retraite complémentaire, une mutuelle d'entreprise. Nathalie n'a qu'elle-même. Sa retraite, c'est elle. Sa protection en cas d'arrêt, c'est elle. Et son impôt, c'est ce qui reste quand tout le reste est payé.
Elle n'a jamais déduit de son bénéfice un versement d'épargne retraite. Dans sa tranche d'imposition à 30 %, une part de son bénéfice pourrait pourtant être déduite : de l'ordre de 10 000 €, soit environ 3 000 € d'impôt en jeu. Elle l'ignore, simplement parce que personne ne le lui a jamais expliqué.
Alors, quelles déductions la loi ouvre-t-elle à un indépendant ?
Quelles déductions la loi permet-elle quand on est indépendant ?
Un travailleur non salarié (TNS) regroupe les professions libérales, les artisans, les commerçants et les gérants majoritaires de société. Trois mécanismes sont souvent étudiés.
L'épargne retraite : un versement déductible dans un plafond
Les versements sur un plan d'épargne retraite (PER) individuel peuvent être déduits du bénéfice imposable (art. 154 bis du Code général des impôts). Pour un indépendant, le plafond est le plus élevé de ces deux montants :
- 10 % du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS), soit 4 806 € en 2026 (PASS 2026 : 48 060 €) ;
- 10 % du bénéfice imposable (retenu dans la limite de 8 PASS), plus 15 % de la partie du bénéfice comprise entre 1 et 8 PASS.
Ce plafond propre aux indépendants se calcule à partir du bénéfice de l'année. Il ne faut pas le confondre avec le « plafond épargne retraite » indiqué sur l'avis d'impôt, qui correspond à une autre enveloppe de déduction, sur le revenu global (art. 163 quatervicies du CGI), avec ses propres règles.
Les limites. L'argent est en principe bloqué jusqu'à la retraite, sauf cas de déblocage prévus par la loi (achat de la résidence principale, par exemple). À la sortie, les sommes déduites sont imposées, et les gains supportent le prélèvement forfaitaire (31,4 % en 2026). Selon les supports choisis, le capital peut perdre de la valeur. Des frais s'appliquent.
La prévoyance et la complémentaire santé
Les cotisations à certains contrats facultatifs (arrêt de travail, invalidité, décès, complémentaire santé) peuvent être déductibles du bénéfice, dans des plafonds (art. 154 bis du CGI). C'est l'équivalent de la protection qu'un employeur offre à un salarié.
Les limites. Les prestations perçues sont, selon les cas, imposables. Les contrats comportent des exclusions, une durée d'engagement et des frais.
La rémunération et les dividendes du gérant
Chez les gérants majoritaires de SARL, un piège est connu : se verser des dividendes plutôt qu'une rémunération paraît plus doux fiscalement. Or la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social (augmenté des primes d'émission et des comptes courants d'associé) est soumise aux cotisations sociales des indépendants (art. L131-6 du Code de la sécurité sociale).
Exemple chiffré : pour un capital de 10 000 €, le seuil est de 1 000 €. Sur 30 000 € de dividendes, 29 000 € entrent dans l'assiette des cotisations sociales.
Les trois leviers en résumé
- Épargne retraite (PER) : la loi permet de déduire des versements dans un plafond. À garder en tête : argent bloqué, imposé à la sortie, risque de perte en capital.
- Prévoyance, santé : la loi permet de déduire les cotisations de contrats facultatifs. À garder en tête : plafonds, exclusions, prestations parfois imposables.
- Rémunération ou dividendes : le gérant choisit la forme de son revenu. À garder en tête : les dividendes sont rattrapés par les cotisations au-delà de 10 % du capital.
Pour savoir dans quelle tranche vous vous situez, le simulateur d'impôt sur le revenu en donne une estimation pédagogique en quelques minutes, à affiner en rendez-vous.
Que change une déduction pour Nathalie, en chiffres ?
Côté chiffres, la situation de Nathalie est simple : célibataire, bénéfice imposable de 70 000 €, tranche d'imposition à 30 % (hypothèses simplifiées).
Son plafond de déduction.
- 10 % de 70 000 € = 7 000 €
- 15 % de (70 000 € − 48 060 €) = 15 % de 21 940 € = 3 291 €
- Plafond : 7 000 € + 3 291 € = 10 291 €
Un versement de 8 000 €, par exemple.
Sans versement :
- Bénéfice imposable : 70 000 €
- Impôt évité : 0 €
- Capital constitué : 0 €
Avec 8 000 € versés avant le 31 décembre :
- Bénéfice imposable : 62 000 €
- Impôt évité : 8 000 € × 30 % = environ 2 400 €
- Capital constitué : 8 000 €, bloqués jusqu'à la retraite
L'impôt n'a pas disparu : il est décalé. Il sera dû au moment de la sortie, à un taux qui peut être inférieur ou supérieur à celui d'aujourd'hui.
Les limites et les contreparties.
- Nathalie immobilise 8 000 € : elle doit garder une réserve disponible pour ses besoins.
- Si les supports perdent de la valeur, elle récupère moins que ce qu'elle a versé.
- La fiscalité est susceptible d'évoluer.
- Cet ordre de grandeur illustre un mécanisme. Il ne garantit aucun résultat pour vous : chaque situation est différente.
Réduire ses impôts quand on est indépendant : ce qu'il faut retenir
- Un indépendant dispose de déductions spécifiques : épargne retraite et prévoyance, dans des plafonds.
- L'économie d'impôt dépend de votre tranche d'imposition.
- Le plafond des indépendants se calcule sur le bénéfice ; l'avis d'impôt indique une autre enveloppe de déduction.
- Le PER décale l'impôt à la sortie : il ne le supprime pas.
- Pour un gérant de SARL, les dividendes au-delà de 10 % du capital sont soumis aux cotisations sociales.
Le simulateur d'économie d'impôt calcule le montant d'économie d'impôt possible selon vos revenus. C'est une estimation pédagogique, qui ne constitue pas un conseil personnalisé.
Pour savoir quelles pistes s'appliquent à votre situation, échangez 20 minutes avec un conseiller.
Questions fréquentes sur les impôts des indépendants
Jusqu'à quelle date peut-on déduire un versement de cette année ?
Pour être déduit de l'impôt d'une année, un versement sur un PER doit en principe être effectué avant le 31 décembre de cette année. Prévoyez le délai de traitement de votre dossier : un versement tardif sera rattaché à l'année suivante.
Où trouver son plafond de déduction ?
Pour un indépendant, deux plafonds coexistent. Le plafond propre aux indépendants se calcule chaque année sur le bénéfice : 10 % du bénéfice dans la limite de 8 PASS, plus 15 % de la part comprise entre 1 et 8 PASS, avec un minimum de 4 806 € en 2026. Le « plafond épargne retraite » de l'avis d'impôt correspond à une autre enveloppe, sur le revenu global.
Le PER fait-il économiser de l'impôt définitivement ?
Non. Le PER permet de déduire les versements aujourd'hui, mais les sommes sont imposées lors de la sortie, en capital ou en rente. L'avantage dépend donc de votre tranche d'imposition au moment du versement, puis de celle de la sortie, qui peut être différente.
Les dividendes d'un gérant de SARL sont-ils soumis aux cotisations sociales ?
Pour un gérant majoritaire de SARL, la part des dividendes qui dépasse 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants d'associé est soumise aux cotisations sociales des indépendants. En dessous de ce seuil, ils sont soumis aux prélèvements sociaux, comme les autres revenus du capital.
Sources
- « Comment fonctionne le plan d'épargne retraite (PER) individuel ? » — economie.gouv.fr, page du 01/06/2026, consultée le 21/10/2026.
- « Comment fonctionne le prélèvement forfaitaire unique (PFU) ? » — economie.gouv.fr, page du 20/10/2026, consultée le 21/10/2026.
- « Entreprises : ce qui change au 1er janvier 2026 » (PASS 2026 : 48 060 €) — economie.gouv.fr, consultée le 21/10/2026.
- Articles 154 bis et 163 quatervicies du Code général des impôts — Légifrance.
- Article L131-6 du Code de la sécurité sociale — Légifrance.
Article rédigé par Noé, conseiller en gestion de patrimoine, mandataire d'intermédiaire en assurance immatriculé à l'ORIAS sous le n° 24007862. Mis à jour le 21 octobre 2026.
Cet article a une vocation pédagogique et ne constitue pas un conseil personnalisé. Les situations présentées sont illustratives et anonymisées.
